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Enfants et écrans : regardons aussi nos usages

Les écrans occupent désormais une place telle dans nos vies qu’il devient difficile de parler des usages numériques des enfants sans regarder aussi ceux des adultes qui les entourent. C’est l’un des enseignements intéressants du nouveau dossier « Grandir avec les écrans », publié le 12 octobre 2026 par Santé publique France dans le numéro 474 de La Santé en action.

Sur 44 pages, plusieurs chercheurs et professionnels font le point sur les usages numériques des enfants et des adolescents, leurs effets sur la santé, mais aussi sur les pistes permettant d’éviter deux erreurs fréquentes : minimiser le problème ou, à l’inverse, diaboliser tous les écrans.

Consulter le dossier complet de Santé publique France

Dès l’enfance, les écrans prennent beaucoup de place

Les données issues de l’étude Enabee de Santé publique France montrent qu’en moyenne, les enfants de 3 à 5 ans passent 1 h 22 par jour devant les écrans. Chez les 9-11 ans, cette durée atteint 2 h 33 par jour.

La télévision reste importante chez les plus jeunes, mais le smartphone et les consoles gagnent logiquement du terrain avec l’âge. Les écarts sociaux sont également marqués : les enfants dont les parents sont moins diplômés passent davantage de temps devant les écrans et disposent plus souvent d’un écran dans leur chambre.

Voir les données de Santé publique France sur les enfants du primaire

Mais le dossier apporte une nuance importante : comme je l’ai indiqué dans mes précédents articles, le temps passé devant un écran ne permet pas, à lui seul, de déterminer ses conséquences. Le type de contenu, l’âge de l’enfant, le contexte et surtout l’accompagnement par les adultes comptent également. Certaines utilisations peuvent favoriser les apprentissages, la créativité ou les relations sociales. À l’inverse, une exposition excessive, passive ou à des contenus inadaptés peut notamment affecter le sommeil, l’activité physique ou le développement du langage.

Lire l’analyse sur écrans et développement cognitif

Quand ce sont les parents qui regardent leur téléphone

L’un des sujets les plus intéressants du dossier concerne ce que les chercheurs appellent la technoférence parentale. Le terme désigne les moments où le smartphone ou un autre écran vient interrompre une interaction entre un parent et son enfant. Un message arrive pendant le repas. On regarde rapidement une notification pendant que l’enfant nous parle. On consulte Instagram pendant quelques secondes alors qu’on joue avec lui. Pris séparément, ces gestes semblent insignifiants. Leur répétition peut pourtant modifier la qualité des interactions.

En tant que parent moi-même, ma petite fille de 2 ans est beaucoup plus détendue et a plus de facilité à s’endormir le soir lorsque nous sommes pleinement avec elle au cours de la journée, sans écrans qui interfèrent. Santé publique France rapporte notamment une enquête de 2023 dans laquelle plus de la moitié des mères interrogées reconnaissaient que leur téléphone perturbait régulièrement les moments passés avec leur bébé. Les travaux présentés dans le dossier associent cette technoférence à une moindre qualité des interactions parent-enfant et soulignent ses conséquences potentielles sur le développement émotionnel, cognitif et social des tout-petits.

Lire l’article de Santé publique France sur la technoférence parentale

Voilà un point particulièrement intéressant : nous demandons souvent aux enfants de poser leur téléphone alors que le nôtre reste posé à côté de notre assiette…

Un Français sur deux utilise encore un écran au moment du coucher

Le dossier rappelle également des comportements qui concernent cette fois toute la population. Selon une enquête menée en 2025 auprès de 2 074 Français âgés de 15 ans et plus, une personne sur deux continue à s’informer ou regarder des vidéos au moment du coucher, et une sur trois le fait pendant les repas.

Cela montre bien que le problème ne commence pas avec les enfants. Les normes familiales se construisent aussi à partir de ce que font les adultes. Si le téléphone accompagne le petit-déjeuner, le dîner, les discussions et le coucher des parents, il devient difficile de convaincre ensuite un adolescent que certaines périodes doivent rester sans écran.

Les familles ne peuvent pas tout régler seules

C’est probablement le message du dossier que je trouve le plus pertinent. Santé publique France défend une approche qui ne repose pas uniquement sur la responsabilité individuelle des parents. Éducation au numérique, prévention, accompagnement des familles, règles collectives, conception des plateformes : plusieurs niveaux doivent intervenir.

Car les applications et les réseaux sociaux sont précisément conçus pour retenir notre attention. Demander ensuite aux familles de résoudre seules les conséquences de cette captation est insuffisant. Des programmes existent déjà. Santé publique France cite par exemple des ateliers destinés aux parents, des actions menées par les professionnels de la petite enfance et le programme « Bien grandir avec les écrans » déployé à Bordeaux.

Consulter la présentation du dossier par Santé publique France

Avant de compter les heures de nos enfants, regardons aussi nos propres habitudes

Limiter le temps d’écran reste utile. Mais une règle familiale ne devrait probablement pas commencer par :

« Combien de temps mon enfant passe-t-il devant un écran ? »

Elle pourrait commencer par :

« Quelle place les écrans occupent-ils dans notre famille ? »

Téléphone pendant les repas ? Notifications pendant les discussions ? Écran jusque dans le lit ? Téléphone consulté pendant qu’un enfant raconte sa journée ? Les enfants apprennent aussi en regardant ce que nous faisons!

Et avant de leur demander de décrocher, il peut être utile de vérifier si nous en sommes nous-mêmes capables. N’hésitez pas à faire le test d’hyperconnexion que je propose gratuitement sur ce site. Aucune donnée personnelle n’est nécessaire, et vous n’aurez pas besoin de donner votre adresse-mail pour obtenir un résultat détaillé rapidement.