Technostress··6 min de lecture

Non, éloigner son smartphone ne suffit pas toujours

Quand on parle de déconnexion numérique, le premier réflexe consiste souvent à s’attaquer au smartphone : couper les notifications, le poser loin de soi, réduire son temps d’écran. Ces mesures peuvent être utiles. Mais ce n’est pas mon approche, car plusieurs recherches récentes montrent que le problème est plus large. La distraction peut se déplacer vers un autre écran, que ce soit à la maison ou au travail, le technostress dépend aussi beaucoup de l’organisation elle-même.

Une notification perturbe notre attention même pendant quelques secondes

En juin 2026, Hippolyte Fournier et ses collègues ont publié dans Computers in Human Behavior l’étude “Attention hijacked: How social media notifications disrupt cognitive processing”. Les participants effectuaient une tâche cognitive pendant que des notifications similaires à celles d’un smartphone apparaissaient.

Les chercheurs ont observé un ralentissement temporaire du traitement de l’information pendant environ 7 secondes après une notification. Plus intéressant encore : l’importance de cette perturbation était davantage associée à la fréquence des notifications et des consultations du smartphone qu’au temps total passé sur l’appareil.

Le temps d’écran ne suffit donc pas à décrire notre rapport au téléphone. Deux personnes peuvent passer trois heures par jour sur leur smartphone, mais l’une peut l’utiliser pendant quelques longues périodes tandis que l’autre le consulte des dizaines de fois.

Lire l’étude dans Computers in Human Behavior

Mettre son téléphone loin de soi ne supprime pas forcément la distraction

Une expérience publiée en mars 2025 dans Frontiers in Computer Science apporte une nuance intéressante aux conseils de déconnexion habituels.

Maxi Heitmayer a fait participer 22 personnes à deux sessions de travail de cinq heures sur ordinateur. Pendant l’une des sessions, leur smartphone était placé hors de portée immédiate. Sans surprise, les participants utilisaient moins leur téléphone. Mais ils reportaient une partie de leurs activités personnelles sur leur ordinateur.

Au total, le temps consacré au travail et aux activités non professionnelles n’était pas significativement différent. La fragmentation du travail ne disparaissait donc pas simplement parce que le smartphone était éloigné. L’échantillon est petit, donc il faut rester prudent. Mais le résultat pose une bonne question : est-ce réellement le téléphone qui nous distrait, ou certaines habitudes que nous avons prises avec nos outils numériques ?

Mettre son smartphone dans une autre pièce peut être efficace. Mais si, cinq minutes plus tard, nous ouvrons un réseau social, YouTube ou une messagerie personnelle sur l’ordinateur, nous n’avons fait que déplacer le problème.

Lire l’étude dans Frontiers in Computer Science

Les interruptions peuvent continuer à nous suivre une fois le travail terminé

Une autre recherche, publiée en juin 2025 dans Behavioral Sciences, a suivi 91 salariés pendant cinq journées de travail consécutives. L’étude, intitulée “Unfinished Tasks and Unsettled Minds: A Diary Study on Personal Smartphone Interruptions, Frustration, and Rumination”, s’intéresse aux interruptions provoquées par l’utilisation personnelle du smartphone pendant le travail.

Les journées comportant davantage de ces interruptions étaient associées à une moindre sensation d’avoir accompli ses tâches. Cette impression d’inachevé était ensuite liée à davantage de frustration. Et cette frustration était elle-même associée, le soir, à davantage de rumination professionnelle et à une moins bonne déconnexion psychologique.

Le mécanisme est intéressant :

interruption → travail moins accompli → frustration → difficulté à décrocher le soir.

Le smartphone ne nous prend donc pas seulement quelques minutes au moment où nous le consultons. La fragmentation de la journée peut aussi influencer la manière dont nous terminons cette journée.

Lire l’étude dans Behavioral Sciences

Le technostress ne vient pas d’une seule cause

En mars 2026, Ezgi Mansuroğlu et Andrew P. Smith ont publié une vaste revue systématique dans Computers in Human Behavior Reports. Les chercheurs ont analysé 201 études empiriques, représentant au total plus de 218 000 participants.

Deux sources de technostress ressortent particulièrement souvent.

La première est la techno-surcharge : les technologies augmentent la quantité d’informations à traiter, accélèrent le rythme ou multiplient les demandes.

La seconde est la techno-invasion : les technologies permettent au travail d’entrer plus facilement dans la vie personnelle.

Lire la revue systématique

Une méta-analyse publiée fin 2025, portant sur 84 études et 44 576 salariés, montre également que les différentes formes de technostress n’ont pas nécessairement les mêmes causes. Il est donc réducteur de parler du « stress numérique » comme s’il s’agissait d’un phénomène unique.

Lire la méta-analyse dans Information & Management

Et l’entreprise a aussi sa part de responsabilité

Le rapport “Working anytime, anywhere: The quality of working time in the EU”, publié par Eurofound en juillet 2026, rappelle enfin que la déconnexion ne dépend pas uniquement de la discipline individuelle. En 2024, au moins un salarié européen sur cinq télétravaillait ou disposait d’une certaine autonomie dans l’organisation de son temps de travail. Eurofound observe que cette flexibilité peut améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais certains risques persistent : horaires irréguliers, charge de travail élevée, journées plus longues et contacts professionnels pendant le temps libre.

La possibilité technique de travailler de partout peut donc être positive. La disponibilité permanente, beaucoup moins.

Consulter le rapport Eurofound

Se déconnecter ne consiste donc pas seulement à poser son téléphone

Réduire son temps d’écran reste utile. Couper certaines notifications aussi. Éloigner physiquement son smartphone peut aider à retrouver des périodes de concentration. Mais ces mesures ne suffisent pas toujours.

Il faut également regarder ce qui déclenche les consultations, le nombre d’interruptions subies pendant la journée, les autres écrans vers lesquels nous reportons nos habitudes et les règles de communication de l’entreprise. Car lorsque les mails, messageries, notifications et demandes professionnelles peuvent arriver partout et à toute heure, demander uniquement au salarié de « mieux gérer son téléphone » ne répond qu’à une partie du problème.

La déconnexion est une pratique individuelle. Mais au travail, elle dépend aussi de règles collectives, qui doivent changer. Et Mon Coach Déconnexion accompagne les entreprises dans ces changements à mettre en œuvre.